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Le But de l'Existence de l'Homme: l'Enigme
La Finalité de l'Existence de L'Homme
L'Homme apprend que tous ses systèmes vitaux à différents titres (physiques, psychologiques, mentaux et spirituels) sont déjà des systèmes accomplis qui se développent naturellement sans son intervention ni sa volonté.
De la fécondation de l'ovule par le sperme jusqu'à l'homme adulte et mature le déroulement et l'agencement de ces processus en terme d'émergences et de constructions de formes et de fonctions ainsi que leurs finalités s'accomplissent hors de son contrôle en considérant que la finalité signifie : «ce en vue de quoi ».
Selon Henri Atlan, le biologiste, l'idée de finalité nous est suggéré par nos expériences d'actions intentionnelles dirigées vers un but.
Parmi les quatre sortes de causes qui, pour Aristote, produisent les choses et les événements- matérielles, formelles, efficientes et finales-, les causes finales sont les plus importantes car un événement produit sans finalité est considéré comme fortuit.
Exemple, la finalité de l'embryon est l'homme adulte – le noyau du chêne contient l'arbre complet.
Les composants de sa construction sont d'une infinie précision quant à leur fonctionnement. Personne n'est à même de dire, jusqu'à ce jour, comment ces systèmes fonctionnent et pourquoi ils fonctionnent.
Chaque personne est contrainte d'enquêter sur elle-même en tant qu'être ‘fini'- questionnant ses capacités de savoir afin d'obtenir sa propre explication.
L'homme se trouve devant un « fait accompli » qui déclenche sa confrontation avec l'univers. Cette confrontation est donc subie, comme l'est aussi sa propre existence.
Celle-ci est soumise à des formes et un cycle de vie bien déterminés dans des conditions de survie bien établies. Ces contraintes absolues entraînent par voie de conséquences des limitations dont l'imposition soulève immanquablement la question de la finalité.
Accius disait sur l'absence de contrôle humain que, ‘le sort est tout-puissant et nul en cette vie n'est maître de sa vie' ; Konrad Lorenz propose que, ‘comme l'homme s'aperçoit de la prépondérance de l'absurde dans la marche de l'univers, il redoute que l'absurde ne l'emporte sur l'aspiration humaine à la rationalité.
De cette angoisse naît le besoin intellectuel de rechercher un sens caché à tout ce qui arrive'. Le physicien Steven Weinberg considère qu'une théorie unifiée des interactions fondamentales est possible et que, ‘quand nous serons arrivés au bout, nous voulons pouvoir nous dire que les choses ne pouvaient pas être autrement'.
Les philosophes ainsi que les scientifiques et les artistes se penchent sur la question de l'origine ainsi que sur les fins possibles, chacun a sa réponse et ses explications. De cette manière il y a autant d'explications que d'individus.
A partir des deux principes avancés par Occam, pour lequel ‘il ne faut pas multiplier les concepts plus qu'il n'est strictement nécessaire' et de Nietzsche, ‘l'homme projette son impulsion à la vérité, son but, en quelque sorte, hors de soi pour en faire un monde de l'être, un monde métaphysique, une ‘chose en soi' un monde déjà existant', il est possible de découvrir des généralités communes entre certaines explications qui permettent d'établir des perspectives générales.
Pour certains la vie doit être considérée comme un simple fait ayant son sens en lui-même et ne nécessitant pas d'explications. L'être –dans son propre terme- est la réponse comme explication.
Certains ne considèrent pas la finalité comme but obligatoire (l'optique scientifique- reductionaliste). Cette position est simple et claire, le statu quo est accepté comme il est et l'on n'en demande pas les raisons.
Un autre avis considère que nous sommes ici parce que la nature a décidé de nous donner notre existence, elle est donc le moteur de notre développement. La Nature devient le facteur créatif.
Elle se présente donc comme la ‘préservatrice' responsable de notre existence et du cycle de vie. Cette opinion pose le problème des finalités et en même temps celui de la nature elle-même.
Une autre catégorie d'explications propose l'idée selon laquelle l'homme serait sur terre pour se perpétuer en tant qu'espèce.
A partir de cette idée les avocats de cette perspective considèrent le cycle de la vie dans son propre développement sans faire référence à son origine ni à sa présence accidentelle ni à sa finalité (l'optique matérialiste- organiciste).
Un groupe prétend que nous sommes là pour apprendre ou pour servir les autres. Mais ces dernières justifications n'expliquent pas pour quelle raison on doit apprendre ou même servir.
Un autre groupe considère que nous sommes là et que nous devons jouir de notre existence sans nous préoccuper ni de son commencement ni de sa fin (hédonistes, épicuriens, existentialistes).
Un autre groupe prétend que l'homme est là pour se perfectionner en tant que partie de l'énergie universelle (Bouddhisme).
Un autre groupe envisage la vie comme un don, un but à conserver par tous les moyens possibles (l'optique réaliste)
Un autre groupe fusionne ensemble la nature, l'homme et Dieu (les spinoziens). Une autre tendance majeure propose cette version : un créateur qui serait séparé et l'univers serait l'œuvre de cet être premier (la religion).
Il est possible de considérer à l'heure actuelle, que la confrontation entre l'homme et l'Univers est une confrontation entre l'esprit et la matière à travers laquelle la problématique de l'énigme émerge et s'impose.
Le mystère que l'esprit humain n'arrive pas à percer constitue l'énigme. Dans cette rencontre l'esprit se trouve dans l'impasse car le savoir ultime est inaccessible, les preuves valides et les arguments solides qui pourraient éclairer l'énigme sont absents.
Le mystère donc reste entier tant que l'homme ne peut pas dissiper l'ignorance du savoir ultime.
Devant le mur de Max Planck par exemple l'homme demeure jusqu'à aujourd'hui, incapable d'accéder au savoir ultime.
Le ‘mur de Max Planck' (du nom de physicien Max Planck) est le nom donné au concept physique de l'Univers situé à l'instant où ce dernier a un age de 10p-43 secondes, avant lequel toutes les lois actuelles de la physique classique et quantique et des connaissances modernes ne sont plus valables.
Il constitue la limite actuelle de notre savoir quant à ‘ce qu'il y avait avant'.
Le mur de l'ignorance en face de l'hypothèse de la théorie des cordes est un autre exemple de l'énigme universelle. Le phénomène de ce que l'on pourrait appeler le ‘mur de la mort' exprime l'ultime sens de l'homme.
Jean-Michel Besnier considère que ‘la mort ne se contente pas d'expliquer la vie, elle la façonne et la sculpte'.
Affrontée à la singularité du Big Bang toute connaissance scientifique se révèle chancelante, comme le juge le physicien Stephen Hawkins, dans son ouvrage A Brief History of Time. Le Big Bang reste toujours une présomption hypothétique ne pouvant être soumise à la preuve.
Malgré que la plupart des scientifiques acceptent l'hypothèse du Big Bang, l'impossibilité de cette présomption est prise sérieusement en compte, du fait que rien ne peut être produit de rien. De la même façon l'origine de la matière, restant toujours inconnue- et stipulée produite de l'infini- est une contradiction logique.
C'est exactement à ce point que les multiples explications que nous venons d'évoquer vont se déclencher. Mais nous n'avons que des hypothèses : le manque d'évidence d'une quelconque réponse que ce soit représente une sorte de ‘trampoline' pour les tentatives d'explications.
Ces explications sont les résultats directs de l'inaccessibilité au savoir ‘ultime'. L'absence de preuve de réalité relative à ces explications renvoie la question à chacun d'entre nous et les réponses qui en suivront seront définitivement personnelles, subjectives, non vérifiables et non transmissibles.
Entre la nature de l'esprit et la nature de la matière l'homme se confronte à l'énigme de l'univers ainsi qu'à sa propre énigme. Motivé par l'étonnement et équipé des facultés de savoir il ne cesse de découvrir les constituants de l'existence.
Il est en constante quête de la connaissance pour survivre et surtout pour savoir. Il se confronte aux phénomènes et constate l'intelligence des êtres animés, ainsi que les objets dits inanimés, dans le cadre cyclique du changement.
Il se demande s'il n'est pas le produit de l'univers ?
Peut il être le but de la flèche du temps dans le cadre du principe entropique universel (fort) ou un autre être qui existe dans l'absurdité de l'illusion du temps, sans plan, sans contrôle, sans ordre et sans but ?
Roger Balian ainsi que Marcel Vénéroni précisent dans la perspective de Ludwig Boltzmann à propos de ‘la flèche entropique' que, (en affirmant que) tous les systèmes matériels évoluent dans un certain sens et jamais dans l'autre, ainsi que dans le deuxième principe de la thermodynamique qui suggère l'idée de directionnalité.
A l'inverse de la finalité classique, la flèche entropique correspond à une évolution des systèmes isolés vers un désordre accru indiquant que ‘l'irréversibilité est la manifestation, à notre échelle, d'une croissance du désordre moléculaire.'
Certains scientifiques rejettent l'idée de désordre moléculaire, le comportement moléculaire dans son infinité est contrôlé selon des schémas et des lois précises.
John Barrow et Frank Tipler dans le Principe entropique universel suggèrent que les énoncés entropiques peuvent être classés en deux grandes familles : les énoncés faibles et les énoncés forts.
Les énoncés faibles ne supposent aucune finalité et sont simplement l'expression du principe de causalité : la vie humaine existe, alors il faut qu'il existe des conditions nécessaires à son émergence. Les énonces forts sont explicitement prescriptifs, puisqu'ils affirment que l'univers est tel que la vie devait y apparaître nécessairement.
La finalité est rejetée par une grande majorité des scientifiques mais nous devons nous demander si les sciences aujourd'hui sont réellement débarrassées de la notion de finalité ? Et si la connaissance sans finalité peut satisfaire l'esprit ?
Car la finalité signifie ‘ce en vue de quoi une chose est faite' et, ‘le but vers lequel quelque chose tend et s'oriente'.
Si l'on rejette l'idée d'une finalité l'existence de l'Univers s'impose comme une énigme, d'où vient-il et qu'est-il exactement ?
On considère que chaque chose dans la nature a un but précis, comme le soleil, l'air, l'eau la terre et la végétation, ainsi que chaque système (respiratoire, sanguin, nerveuse, musculaire ainsi qu'au niveau cellulaire de l'ADN) contribuant à la vie de plus de deux millions d'espèces animales.
Dans le cadre de l'esprit humain la faculté de juger est présentée chez Kant comme un pouvoir situé entre l'entendement et la raison. Elle est la capacité de subsumer le particulier sous le général, son principe est la finalité.
En vue de l'émergence de nouvelles approches et découvertes scientifiques les normes humaines sont sujettes au changement. Atlan considère que ‘ les sciences et les techniques, de leur coté, non seulement ne permettent pas de fonder des normes du bien et du mal éventuellement universelles, mais créent de toutes pièces des problèmes éthiques, sociaux et juridiques sans fournir les moyens de les résoudre.
Nous sommes donc condamnés à construire de nouveaux systèmes de significations à partir de ce que nous pouvons entendre de ces mythes anciens et nouveaux, avec l'aide d'une réflexion anthropologique et philosophique renouvelée dans le contexte des savoirs et des incertitudes d'aujourd'hui'. (Sciences et Avenir, Octobre, 2000)
Si les perspectives téléologiques ne correspondent pas à la réalité du rationalisme scientifique, c'est-à-dire celle des faits, les finalités universelles, désavouées par la science, ne peuvent pas être expliquées par des causes mécaniques.
Aristote et Kant considèrent que la finalité est un idéal régulateur impliquant les explications causales et mécaniques. Aristote considère, dans la Physique et Métaphysique que ‘la Nature ne fait rien sans objet', et Kant : ‘si vous étiez Dieu, vous pourriez certes tout expliquer par la causalité ; mais vous ne l'êtes pas et vous ne pouvez éviter, en conséquence, de constater que certains faits ne s'expliquent que par analogie avec le comportement d'êtres libres, comme s'ils répondaient à une intention d'agir.'
Atlan avance l'idée cela laquelle, ‘la rationalité scientifique s'est développée sur la base du principe de raison suffisante, qui a si bien réussi en physique : rien ne se produit sans cause, et la connaissance des causes efficientes suffit à rendre raison des phénomènes.
Le combat entre vitalistes finalistes et mécanistes causalistes s'est poursuivi jusqu'au XX siècle.'
Les tensions entre les explications causales, mécaniques et téléologiques ne peuvent être réduites aux perspectives individuelles de l'observateur qu'elles soient scientifiques ou d'une autre nature.
Jacques Monod considère dans le Hasard et la nécessité qu' ‘il est impossible d'imaginer une expérience qui pourrait prouver la non-existence d'un projet'.
Richard Dawkins considère que : ‘ la véritable fonction d'utilité de la vie, ce vers quoi tout tend dans la nature, c'est la survie de l'ADN'. Laplace répondit : ‘Sire, je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse' à Napoléon qui lui demandait quelle place il laissait à Dieu dans l'agencement des mouvements célestes.
Le fait qu'une chose soit mécanique ou téléologique ou bien téléonomique (avec une finalité non intentionnelle) reste la base de différence entre les scientifiques, les philosophes.
La notion du hasard (exemplifié par la perspective darwiniste) ne rend pas compte du fait que l'œil est fait pour voir, le nez pour sentir et le sexe pour procréer. Si les gens considèrent ces attributs comme résultant d'un plan d'organisation de la nature alors il faut se demander ce qu'est la nature ?
Par ailleurs l'on donne à celle-ci les attributs du pouvoir de l'organisation, de la création, du contrôle, de la décision et de la conception (la nature fait bien les choses).
Dans cette optique la nature elle-même devient un créateur –Dieu comme Spinoza a choisi de l'identifier.
Un objet peut exister pour une autre fin que pour elle-même. L'anthropocentrisme considère que chaque chose n'existe que pour la jouissance de l'homme et la perspective théologique, en défense de l'apologie de la création divine, considère que l'homme existe dans le cadre d'une conscience universelle extérieure à toute chose.
Un scientifique suggère que, l'élimination de toute finalité au sens fort, c'est-à-dire intentionnelle, de toute forme d'explication scientifique du réel laisse une place étrangement vide : celle du sens.
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M. Praetorius - Jubilate Domino (Ludwig Güttler Brass Ensemble)





